Perspectives
Un plan et du personnel bilingue ne suffisent pas. Voyez où l'offre active brise au Manitoba et comment une évaluation des opérations la corrige de bout en bout.
J'ai grandi à Saint-Boniface, et j'ai vu la même chose se produire plus de fois que je ne peux les compter. Une résidente francophone téléphone à un organisme public, pose sa question en français, et en moins d'une minute on la fait passer à l'anglais ou on lui promet un rappel. L'organisme n'est pas hostile. Il a un plan de services en français au dossier. Il a du personnel qui parle français. Et pourtant, la résidente n'arrive pas à régler sa demande dans sa propre langue.
Cet écart est tout le sujet de cet article. Je ne suis pas avocat, et rien ici n'est un avis juridique. Ce que je fais, ce sont les opérations. Quand je regarde un organisme public sous cet angle, le service en français est un processus qui fonctionne d'un bout à l'autre ou qui casse quelque part au milieu. La plupart du temps, il casse à un endroit que personne ne surveille.
Le cadre manitobain vient de la Loi sur l'appui à l'épanouissement de la francophonie manitobaine (C.P.L.M. c. F157), adoptée en 2016. L'idée qui est au cœur, c'est l'offre active. Les services en français doivent être manifestes, aisément disponibles et facilement accessibles au public, et d'une qualité comparable aux services offerts en anglais. La résidente ne devrait pas avoir à demander deux fois, à s'excuser ni à prouver qu'elle y a droit.
En vertu de la Loi, les ministères et les organismes publics préparent des plans pluriannuels de services en français qui précisent comment ils comptent respecter cette norme. Le Secrétariat aux affaires francophones appuie le cadre et reçoit les plaintes sur les services en français. Un large éventail d'organisations entrent dans la portée au fil du temps, dont les municipalités des régions bilingues désignées, les sociétés d'État, les organismes, et les organisations de santé et communautaires qui portent une obligation d'offre active.
Voici la partie qui compte pour les opérations. La Loi fixe la norme et demande un plan. Elle ne gère pas votre file d'attente téléphonique, ne rédige pas votre formulaire d'accueil et ne s'assoit pas à côté d'un préposé de première ligne à seize heures. Respecter la norme est une question d'exécution, et l'exécution vit dans vos systèmes de tous les jours.
C'est l'observation à laquelle je reviens sans cesse avec les organismes publics. Vous pouvez avoir un bon plan et du personnel véritablement bilingue et échouer quand même à servir une résidente francophone, parce que les procédures, les gabarits, les formulaires, les scripts et les aide-mémoire à partir desquels ce personnel travaille sont tous en anglais.
Pensez à ce qu'un préposé de première ligne va vraiment chercher pendant un appel. L'article de la base de connaissances qui lui explique comment traiter un permis. Le gabarit de courriel qu'il copie-colle. Le formulaire d'accueil à son écran. Le script d'escalade pour une plainte. La lettre qui part pour confirmer une décision. Si chacun de ces outils existe uniquement en anglais, un préposé bilingue ne livre pas un service en français. Il traduit sur le vif, sous la pression du temps, sans filet, en espérant employer la bonne terminologie.
Alors le plan dit que l'organisme sert en français. La liste du personnel dit que la capacité est là. Et la résidente se fait quand même rediriger, parce que la machine derrière le comptoir n'a jamais été construite pour fonctionner en français. Ce n'est pas un problème de personnel ni de bonne volonté. C'est un problème d'opérations, et il se corrige.
Quand j'évalue un organisme public, les bris se regroupent à quelques endroits prévisibles. Les nommer clairement est souvent la première chose utile que je fais.
Chacun de ces bris se cache derrière un organigramme qui affirme que la capacité existe. L'organigramme ne ment pas. Il mesure simplement la mauvaise chose. Il compte qui parle français, pas si une résidente peut régler une demande en français.
J'utilise un seul test, et j'y soumets chaque organisme public. Une résidente francophone peut-elle mener une démarche du début à la fin en français, au téléphone, au comptoir ou en ligne, sans être redirigée ?
Terminer la démarche. Pas seulement être accueillie en français. Pas seulement se faire promettre un rappel. Renouveler le permis, déposer la plainte, s'inscrire au programme, recevoir la lettre qui le confirme et payer les frais, le tout en français, dans une seule expérience continue. Si la résidente doit passer à l'anglais à une étape pour pouvoir continuer, l'organisme a échoué au test à cette étape, et nous savons maintenant exactement où travailler.
Ce test est puissant parce qu'il est concret et honnête. Il déplace la conversation des intentions vers le parcours réel qu'une résidente traverse. Il correspond aussi parfaitement à la façon dont les gens d'opérations pensent déjà. Une démarche qui ne peut pas être menée de bout en bout comporte une étape brisée, et une étape brisée a un responsable, un outil et une correction.
Une évaluation, c'est ainsi que je transforme ce test en quelque chose sur quoi un organisme public peut agir. Je parcours le service comme le ferait une résidente, puis je le parcours de nouveau depuis l'arrière du comptoir, et je documente ce que je trouve. Les morceaux s'emboîtent ainsi.
Rien de tout cela ne demande de nouveaux logiciels ni une réorganisation. Il faut parcourir le vrai service avec un regard clair et noter où il casse. La plupart des organismes publics ne l'ont jamais fait exactement ainsi, parce que tout le monde est trop occupé à faire tourner le service pour en sortir et l'observer.
Une évaluation qui ne fait que dresser la liste des problèmes n'aide pas beaucoup une directrice qui a un budget et un calendrier. Le travail se termine donc par deux choses qu'un dirigeant peut utiliser.
La première est une vue de préparation notée. Chaque partie du service reçoit une note simple sur son degré de préparation à servir en français, pour que la direction voie d'un coup d'œil où l'organisme est solide et où une résidente risque de passer entre les mailles. Cela donne un portrait commun plutôt qu'une pile d'anecdotes.
La seconde est une feuille de route priorisée. On ne peut pas tout corriger d'un coup, et tout ne mérite pas d'être corrigé en premier. La feuille de route ordonne le travail selon deux facteurs : à quel point un écart nuit aux résidents, et à quelle vitesse on peut le combler. Traduire les trois formulaires d'accueil les plus utilisés et bâtir un script d'escalade en français pourrait faire progresser la préparation davantage en un mois qu'une refonte de politique étalée sur un an. La feuille de route rend cet arbitrage visible, pour que l'organisme investisse son effort là où il compte.
Vous pouvez voir comment je structure ce genre de revue sur la page préparation aux services en langues officielles. La même discipline opérationnelle s'y applique de bout en bout.
Il serait facile de lire tout cela comme un appel à traduire plus de documents. Ce n'en est pas un. La traduction est un outil, et elle compte, mais une pile de formulaires traduits que personne ne trouve dans le flux de travail ne change rien pour la résidente au bout du fil.
Le travail est opérationnel parce que la correction vit dans la façon dont le service tourne. Quel outil un préposé va chercher à quelle étape. Qui est à l'horaire sur le canal capable de servir en français. Comment un dossier complexe est acheminé vers le haut sans faire perdre la langue de la résidente. Où se trouve le point de défaillance unique, et quel est le chemin de secours quand cette personne est absente. Ce sont des questions de processus et de conception, et le processus, c'est mon métier comme praticien Lean Six Sigma. Servez la résidente en corrigeant la machine derrière le comptoir, et le plan au dossier devient enfin vrai. Si vous voulez parcourir votre propre service au regard du test de bout en bout, écrivez-moi et nous commencerons par les démarches que vos résidents utilisent le plus.
L'obligation d'offre active veut-elle dire que chaque employé doit parler français ? Non. Elle veut dire qu'une résidente peut obtenir un service en français de qualité comparable sans avoir à le demander spécialement. C'est une question de couverture et de systèmes. On la règle en concevant quels canaux, quarts et postes portent la capacité en français et en s'assurant que les outils derrière eux fonctionnent en français, pas en exigeant le français de tout le monde.
Nous avons déjà un plan de services en français. N'est-ce pas suffisant ? Le plan est l'engagement. Il est nécessaire et il n'est pas la même chose que le service. Le vrai test, c'est de savoir si une résidente francophone peut terminer une démarche de bout en bout en français aujourd'hui. Un plan peut être pleinement conforme sur papier pendant que le formulaire d'accueil, la lettre de confirmation et le script d'escalade sont uniquement en anglais. L'évaluation vérifie l'exécution, pas seulement le document.
Combien de temps prend une évaluation, et perturbe-t-elle le service ? Elle est conçue pour peser légèrement sur votre équipe. L'essentiel du travail consiste à observer le vrai service et à revoir les outils que votre personnel utilise déjà, pas à mobiliser les gens dans de longues entrevues. Le résultat est une vue de préparation notée et une feuille de route priorisée sur laquelle votre direction peut agir, à l'échelle de l'organisme.
Est-ce un avis juridique ou une certification de conformité ? Ni l'un ni l'autre. Je ne suis pas avocat et je ne certifie pas la conformité. C'est une orientation d'opérations ancrée dans la francophonie manitobaine. J'aide un organisme public à voir où son service casse en français et je lui donne un plan concret pour le corriger. Pour l'interprétation juridique de la Loi, adressez-vous à un conseiller juridique ou au Secrétariat aux affaires francophones.
Groupe-conseil Provenance, formation bilingue et opérations fractionnées pour les entreprises dirigées par leur propriétaire au Manitoba, au Québec et au Nouveau-Brunswick, et formation en opérations et en Lean pour les équipes du service public et les OSBL partout au Canada.
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